Discours de Madame le Maire, Florence Sanchez, à 18h30 en Mairie lundi 19 octobre

Ville de Poussan
le Lundi 19 Octobre 2026 à 23h44

"Ce soir nous sommes rassemblés dans notre Mairie, votre maison commune, pour un moment de solidarité républicaine, afin de répondre à l’appel national du Président de l’associations des maires de France, pour faire suite aux événements d’une grande violence qui se sont déroulés samedi 17 octobre.

Ce soir je m’exprimerai en tant que maire, mais je tiens aussi à m’exprimer en tant que présidente de la Mission Locale d’Insertion des Jeunes. 
En premier lieu, je veux que nous ayons une pensée sincère et profondément émue pour mes collègues maires, pour les élus qui les entourent et pour les agents territoriaux qui, chaque jour, sont au service de nos concitoyens. Certains ont vu leurs mairies, leurs écoles et leurs bâtiments communaux saccagés, parfois incendiés. Au-delà des dégâts matériels, c’est une part de notre bien commun qui a été attaquée.
Une mairie, une école, un bâtiment public ne sont pas la propriété de quelques-uns : ce sont les maisons de tous. Elles appartiennent à chaque citoyen, quelles que soient ses origines, ses opinions ou ses convictions. Ce sont des lieux de proximité, de solidarité, d’éducation et de service public, des lieux où chacun doit pouvoir être accueilli, écouté et accompagné.
Et derrière ces bâtiments, il y a des femmes et des hommes, des agents qui, chaque jour, accomplissent leur mission avec engagement pour faciliter la vie de nos concitoyens, répondre à leurs besoins et faire vivre nos services publics. S’attaquer à une mairie, c’est pénaliser directement les habitants, priver des familles de services essentiels et porter atteinte aux valeurs de notre République.
Rien ne peut justifier que l’on détruise ce qui appartient à tous. Nous pouvons avoir des désaccords, exprimer des colères, revendiquer des changements. C’est légitime dans une démocratie. Mais nous ne pouvons pas accepter que la violence s’en prenne aux lieux qui nous rassemblent. 
Protéger nos services publics, c’est protéger notre pacte républicain, notre capacité à vivre ensemble et ce qui nous unit au-delà de nos différences.
Je veux aussi avoir une pensée particulière pour nos commerçants, nos artisans et tous ceux qui font vivre nos centres-villes au quotidien. 
Derrière chaque vitrine dégradée, chaque commerce saccagé, chaque outil de travail détruit, il y a des femmes et des hommes qui travaillent dur, qui prennent des risques, qui investissent leurs économies et qui se battent chaque jour pour faire vivre leur activité. Ils n’ont rien demandé, ils ne sont responsables de rien, et pourtant, ils se retrouvent aujourd’hui pris en otage de violences qui les dépassent. 
Pour certains, ce sont des jours, voire des semaines de travail anéantis, des pertes financières considérables, des trésoreries fragilisées et un avenir qui devient incertain. Et derrière ces entreprises, il y a aussi des salariés, des familles, des emplois qui sont aujourd’hui menacés. 
Comment demander à un commerçant de continuer à tenir, à investir et à faire confiance, quand il doit désormais se demander s’il pourra payer ses charges, maintenir ses employés en poste ou simplement rouvrir ses portes ? Nous ne pouvons pas accepter que ceux qui font vivre nos villes deviennent les victimes silencieuses de ces violences. Les soutenir, c’est reconnaître leur dignité, leur engagement et leur rôle essentiel dans la vie de nos communes. 
Mais je veux aussi parler pour notre jeunesse et le dire avec la même clarté : ne faisons pas d’amalgame entre ceux qui commettent ces violences et les jeunes qui manifestent pour exprimer leurs inquiétudes et leurs revendications. La violence des-uns, des casseurs, des voyous, des ultras, nommons-les comme il se doivent d’être nommés, ne doit pas confisquer la parole de toute une jeunesse.
Car derrière les images, derrière les tensions, il y a aussi des jeunes qui s’interrogent sur leur avenir, qui peinent à trouver leur place, qui affrontent la précarité et les difficultés d’accès à la formation, à l’emploi ou au logement. Des jeunes qui, parfois, ont le sentiment de ne pas être entendus, de ne pas être suffisamment accompagnés et de ne plus savoir à qui faire confiance.
Ces réalités, nous les rencontrons chaque jour sur le terrain, auprès des jeunes et de leurs familles.
La colère ne justifie jamais la violence. Mais condamner la violence ne doit pas nous dispenser de comprendre ce qui se joue dans notre société. Entendre les inquiétudes de notre jeunesse, ce n’est pas cautionner ses excès. C’est reconnaître notre responsabilité collective : prévenir les ruptures, redonner des perspectives et permettre à chacun de trouver sa place.
Et cette responsabilité est aussi politique.
Nous ne pouvons pas demander aux jeunes de croire en nos institutions, de s’engager et de devenir des citoyens responsables, sans leur donner concrètement les moyens de construire leur avenir.
L’État a sa part de responsabilité. On ne peut pas faire de la jeunesse une priorité dans les discours et la traiter comme une variable d’ajustement dans les budgets. Aujourd’hui, les Missions Locales, qui accompagnent plus d’un million de jeunes en France, doivent faire face à une baisse des financements alors même que leurs missions s’élargissent et que les besoins demeurent considérables.
Derrière ces choix budgétaires, il y a des conséquences très concrètes : des capacités d’accueil fragilisées, un accompagnement qui risque de devenir moins individualisé, des parcours qui peuvent se retrouver sans réponse. Et ce sont, au bout du compte, des jeunes qui risquent de s’éloigner davantage de l’emploi, de l’autonomie et de nos institutions.
Les collectivités, les élus et les professionnels de terrain sont pleinement mobilisés. Mais ils ne peuvent pas tout compenser seuls. Investir dans la jeunesse n’est pas une dépense dont il faudrait se justifier : c’est un choix politique, un investissement dans notre avenir et dans la cohésion de notre société.
Car les valeurs de notre République — la liberté, l’égalité et la fraternité — ne peuvent pas être de simples mots. Elles doivent se traduire dans la vie de chaque jeune : par le respect de ses droits, l’égalité des chances, la possibilité de s’exprimer et la certitude que son avenir compte autant que celui de n’importe quel autre citoyen.
Notre jeunesse n’a pas seulement besoin qu’on lui rappelle ses devoirs. Elle a aussi besoin que nous prenions nos responsabilités à son égard.
Nous devons être fermes face aux violences, mais tout aussi déterminés face aux inégalités et au sentiment d’abandon. Défendre la République, ce n’est pas seulement rappeler ses règles : c’est aussi tenir ses promesses. L’Etat doit assumer ses responsabilités.
Alors, si nous voulons que notre jeunesse croie en la République, nous devons lui prouver, par nos actes, que la République croit en elle. C’est à cette condition que nous pourrons restaurer la confiance, faire vivre notre pacte républicain et donner à chaque jeune des raisons de croire en son avenir.
Ce soir, je veux aussi exprimer ma colère. 
Ma colère face à ceux qui, parmi les responsables politiques, choisissent d’attiser les divisions plutôt que d’apaiser les tensions, qui instrumentalisent la colère et les difficultés de nos concitoyens à des fins électorales, comme nous avons pu le constater lors des dernières élections municipales dans de nombreuses villes de France. Les inquiétudes de notre jeunesse sont légitimes. Les difficultés liées au coût de la vie, à la précarité et au quotidien de tant de familles sont une réalité. 
Chacun a le droit de les exprimer, de manifester et de demander des réponses. Mais récupérer ces souffrances pour alimenter les affrontements et faire de la violence un instrument politique est irresponsable. 
Ma colère s’adresse aussi à un État qui trop souvent ne semble pas entendre ce que vivent les Français, qui peine à regarder en face leurs difficultés et à prendre toute la mesure d’une société qui va mal. Il faut avoir le courage de regarder la réalité, de l’assumer et d’agir. 
Face à cela, nous devons rester fidèles à ce qui nous rassemble : les valeurs de notre République, la démocratie, le respect de l’autre et le refus de la violence. 
Je refuse la résignation, je refuse les divisions et je refuse que l’on oppose les Français les uns aux autres. 
Les violences que la France vient de vivre sont inacceptables, je les condamne avec la plus grande fermeté et j’attends comme vous tous, pour une fois, une réponse ferme de la justice, parce que s’en prendre aux mairies, aux services publics, aux commerces ou aux forces de l’ordre, c’est s’attaquer à ce qui nous rassemble et aux fondements mêmes de notre République.
Comme Maire, avec mon équipe, je continuerai à me mobiliser, à écouter, à agir et à défendre ces valeurs, chaque jour, sur le terrain. Parce que notre responsabilité n’est pas d’attiser les colères, mais d’apporter des réponses. 
Pas de nourrir le désespoir, mais de faire renaître l’espoir. 
Et parce que, malgré les difficultés, je reste convaincue que nous pouvons construire ensemble un avenir plus juste, plus solidaire et plus apaisé.
Vive la République, Vive la France"
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